Le Musée de Die s’ouvre à l’open data

Les collections du Musée archéologique de Die et du Diois sont depuis peu bien présentes sur les projets Wikimédia : il est aujourd’hui possible de consulter l’intégralité des inscriptions conservées dans le musée depuis son ordinateur ou d’observer une partie des objets exposés dans les vitrines. Grâce à un partenariat avec le musée et la collaboration de son conservateur Jacques Planchon, j’ai en effet pu verser sur Wikicommons plus de 180 photographies sous licence Creative Commons et créer des éléments wikidata pour la plupart des objets figurant sur les images. Un taurobole et une stèle ont été pris en photogrammétrie à des fins de médiation. La mosaïque de Somnus et la mosaïque des quatre fleuves ont également fait l’objet de ce traitement, qui permet d’obtenir des modèles numériques en trois dimensions, afin de pouvoir en tirer des vues zénithales destinées à la médiation et au site internet du musée. Le Musée de Die s’inscrit ainsi dans le mouvement d’ouverture des données et contenus culturels des musées.

Musée de Die
Photographies : Fabien Bièvre-Perrin / Musée de Die

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Sur les traces de Rubi Antiqua à Ruvo di Puglia

Le nom de Ruvo di Puglia, charmant petit village des Pouilles en Italie du sud, ne vous dit probablement rien. Et pourtant, si vous vous êtes déjà rendu dans un musée abritant des collections d’Antiquités grecques, il est fort probable que vous ayez contemplé des objets découverts dans ce village et à proximité. En effet, les vases, statuettes et objets en bronze découverts à Ruvo di Puglia depuis le XVIIIe siècle sont nombreux dans les collections européennes. On les trouve aussi bien à Paris, Madrid, Londres qu’à Saint-Pétersbourg, mais également aux USA, au Qatar… Heureusement une famille d’érudits, les Jatta, a compris rapidement le potentiel archéologique de Ruvo et les dangers du collectionnisme européen pour son patrimoine : cette famille est à l’origine de l’une des plus importantes collections de vases italiotes, aujourd’hui exposée dans le palais Jatta, devenu musée national italien en 1993. Comment un petit village italien méconnu a-t-il pu ainsi abreuver les collections nationales et privées du monde entier ? C’est ce sur quoi porte le projet Rubi antiqua depuis quatre ans, dont je vous invite à consulter le site : http://rubiantiqua.eu/fr/

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Une fantaisie des années folles : le château de la Napoule

La côte d’azur recèle de nombreuses demeures dans lesquelles les aristocrates français et étranger ont laissé éclater leur fantaisie, je  pense notamment à la Villa Rotchild et ses jardins et à la Villa Kérylos, qui imite l’antique. Moins connu, le château de La Napoule fait pourtant partie des folies les plus abouties de la région. Situé à Mandelieu-la-Napoule (PACA), en bord de mer, il a été édifié au XIVe siècle par les comtes de Villeneuve. Ce qui a suscité ma curiosité, c’est la longue histoire des transformations du site et sa réinterprétation finale par un couple américain.

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Le château de La Napoule

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Du collectionnisme à l’archéologie, Ruvo di Puglia et l’Europe

Lorsque l’on travaille sur les Grecs d’Italie du sud, et à fortiori sur l’iconographie, il est impossible de ne pas prendre en compte les nombreux vases originaires de Ruvo et sa région, dans la province de Bari (Pouilles). Les nécropoles indigènes pré-romaines de ce site ont abreuvé les collections d’Antiquités européennes en statuettes et en vases grecs locaux, attiques et corinthiens…

Fort heureusement, une famille de Ruvo passionnée d’archéologie s’est rapidement intéressée à ce patrimoine, et entre 1821 et 1842, a constitué une collection d’antiques que l’on peut aujourd’hui venir contempler dans le musée familial Jatta, devenu musée national en 1993. Il s’agit de l’un des premiers édifices muséaux d’Europe destiné à exposer des Antiquités. Pour en savoir plus, je vous invite à lire la page Musée archéologique national Jatta, réalisée par Daniela Ventrelli dans le cadre des projets Rubi Antiqua et Magna Grecia Open Data, ou à lire l’article consacré à cette collection dans le numéro 559 de la revue Archéologia (novembre 2017). Lire la suite « Du collectionnisme à l’archéologie, Ruvo di Puglia et l’Europe »

Le musée archéologique de Madrid : médiation grand public et exigences scientifiques

L’été dernier j’ai changé de sud. Alors que depuis des années mes voyages se concentraient, thèse oblige, sur l’Italie la plus méridionale, mon conjoint a réussi à dévier ma course habituelle vers le sud en direction de l’est : Madrid. J’y ai découvert une ville et un mode de vie qui m’ont ravi et dont j’espère retrouver rapidement les charmes. En bon musée-addict, j’ai parcouru les diverses collections de la capitale espagnole, et fatalement atterri au sacro-saint musée archéologique. Je savais que j’y retrouverais des vases grecs d’Italie et la fameuse dame d’Elche, et m’attendais plus ou moins à traverser les salles en flânant gentiment de vitrine en vitrine en attendant le clou du spectacle. Mais au lieu de cela, j’ai passé tant de temps à contempler les fabuleux objets archéologiques des salles précédentes, que lorsque je suis parvenu dans la section hébergeant mes vases grecs favoris, j’ai du finir la visite au pas de course avant de me faire déloger du musée.

Fondé en 1867 par décret royal d’Isabelle II, le musée abritait à l’origine les collections royales. Celles-ci sont installées dans le bâtiment actuel en 1895, rénové une première fois en 1968. La dernière restructuration, terminée en 2014 après six ans de travaux, a été l’occasion d’ajouter 4300m² de surface utile (pour atteindre 23303m² en tout) et de réorganiser le musée. Elle a aussi, surtout, permis la mise en place d’une toute nouvelle muséographie, moderne et intelligente. Les fonds très riches du musée, répartis en huit sections (Préhistoire, protohistoire, Hispanie romaine, Moyen âge, époque moderne, Égypte et Proche-Orient, Grèce, numismatique et médailles), sont parfaitement mis en valeur d’un point de vue technique : les mises en lumière font ressortir les détails (mis à part quelques vases malheureusement éclairés de dessus), les vitrines permettent d’observer les objets de près et souvent de les contourner pour les voir sous plusieurs angles, on peut contempler la dame d’Elche sous tous les angles, dans des conditions parfaites. Les cartels en espagnol et en anglais sont clairs et bien reliés aux objets. Enfin, les panneaux explicatifs, illustrés, sont nombreux et agréables, accompagnés de vidéos (ludiques sans êtres idiotes), de maquettes et de répliques d’objets originaux utiles à la compréhension. Je me savais capable, grâce aux ateliers de mon association Bonne Pioche, de parler pierres polies et néolithique pendant une heure à des Ce2, mais je ne pensais pas qu’on puisse me faire passer des heures à contempler des artefacts préhistoriques : au musée archéologique de Madrid, je ne m’en suis même pas rendu compte.

Je me suis bien évidemment plus penché sur les vases de Grande Grèce, et il faut souligner à quel point la démarche de médiation et d’accessibilité du musée est cohérente : non seulement le musée est à la fois abordable par le grand public sans frustrer les spécialistes, mais les ressources mises à dispositions des curieux et des chercheurs sont nombreuses et de qualité. Ayant été obligé de photographier à la va-vite les derniers vases que je n’ai pu observer à ma guise (pendant des heures donc), je me suis mis en quête de photographies de qualité, prêt à vider ma carte bleue pour l’achat d’un vieux catalogue : démarche finalement tout à fait inutile.

Madrid - Ceres

En effet, tous les vases grecs du musée sont accessibles via la base « Ceres » en libre accès sur internet (http://ceres.mcu.es/) : celle-ci ne brille pas par son ergonomie et n’est disponible qu’en espagnol, nul n’est parfait, mais est relativement bien renseignée et illustrée. Certains vases, notamment ceux de Grande Grèce, bénéficient même de notices très détaillées et d’illustrations de qualité optimale. Pour couronner le tout, une sélection de vases est disponible en 3D, via Sketchfab, ce qui permet de s’attarder sur certains détails généralement peu illustrés dans les publications ou difficiles à observer dans les vitrines en raison de la muséographie (décor des anses, palmettes, pied…).

madrid 3D

https://sketchfab.com/models/ae3b65def67048eebb70dff5ce7f93cb/embed

Sítula con banquete de los dioses
by Museo Arqueológico Nacional
on Sketchfab

Le site internet renvoie enfin à différents projets de recherche sur la céramique grecque, à ses programmes internes (dont un est axé sur la publication d’un catalogue des vases apuliens du musée) et à sa propre revue, le « Boletín del Museo Arqueológico Nacional », librement accessible en ligne.

Madrid - prog

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Si un musée dont les collections sont aussi vastes et diverses que celles de Madrid peut se permettre la mise en place d’un tel dispositif, on est en droit d’attendre le même niveau d’exigence et d’accessibilité de la part de bien d’autres institutions… Mais la patience dont il faudra s’armer en France ou en Italie semble pour l’instant plutôt inviter à la contemplation.